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Témoignages d'expatriés

Nos expatriés témoignent de la réalité de l'action humanitaire au quotidien, les joies comme les difficultés ...


Ahmed Fadel, responsable de camp au Darfour, Soudan

" Quelques jours après, au milieu de nulle part, le paysage est toujours le même : des jerrycans d'eau alignés devant les rampes destinées à la distribution quotidienne de l'eau. Sécheresse, soleil et visages indifférents. Mais je sais que les besoins en eau sont croissants. La foreuse arrive, l'équipe se met immédiatement à identifier des sites potentiels.

Un Four (habitant du Darfour) s'adresse à nous, en regardant le matériel acheminé jusqu'ici : « Vous allez nous trouver de l'eau ? ». Un espoir est né.

Dès le matin, les foreurs installent la machine. Il est 9h, heure locale, allons-y les gars, commençons, et prions pour trouver de l'eau : potable, claire et avec suffisamment de débit. A 13h, il faut manger un morceau pour reprendre des forces. Autour de la table, l'ambiance est tendue. Nous sommes impatients et chacun dans sa tête se pose les questions que tous les autres partagent.

18h. Je vais visiter le site de forage après avoir fini la journée dans les camps, rêvant de voir l'eau jaillir du trou, et oui, j'arrive au bon moment, quelque chose commence à sortir... Nous arborons des sourires joyeux mais ce n'est que de la boue inexploitable. Je regarde autour de moi et je vois les visages de ces centaines d'enfants, de femmes et de vieux qui ne comprennent pas notre réaction. Je ressens une douleur dans mon esprit. Je rentre cela en moi pour ne pas voir la déception sur tous les visages entourant le site depuis les premières heures de cette journée.

Je rentre, l'esprit vide, ce n'est pas bien grave nous réussirons demain. Le soleil s'incline vers l'Ouest…

« Echo 8, Echo 8, for November 4... ECHOOOO 8, répond ! ». Le hand-set hurle. «YES, November 4. Go ahead, y'a quoi ? ». « November 4 : viens vite, vite, SPEED, SPEED... ». Moi : « Un problème ? ». November 4 : « Call to everybody : de l'eau ... WATEEEEEEERRRRRRRR ! ». "


Vincent, coordinateur du programme pêche à Ampara, Sri Lanka

" Quand je suis arrivé sur la côte d’Ampara à la fin du mois de février, l’amoncellement des décombres des habitations et des épaves des bateaux témoignait encore de la violence de la vague et du drame qu’a représenté le Tsunami pour les familles de la bande côtière.


En fin de journée, les pêcheurs Sri Lankais
des équipes SOLIDARITES prennent la mer.

Evaluation des besoins
Je partais alors en mission pour SOLIDARITES et avais deux mois pour définir un projet qui permettrait aux pêcheurs de la région de retrouver leur activité et leurs moyens de subsistance traditionnels. Etude de terrain, concertation avec les autorités locales et autres acteurs de la réhabilitation mais surtout de riches et nombreuses rencontres avec les pêcheurs. Trois types de besoins ont été mis à jour : redonner un outil de travail aux pêcheurs, former des équipages à la réparation et à la maintenance de leur moteur et enfin nettoyer les fonds marins des zones de pêche à la senne.

Intérêt du projet
Ce dernier projet a été pensé et mûri en étroite collaboration avec l’association locale de plongeurs professionnels et les pêcheurs bénéficiaires de l’activité. Il s’agit de déplacer les nombreux débris des habitations, épaves et autres, charriés par la vague et qui encombrent les fonds marins jusqu’à 400 mètres du rivage. Les débris représentent en effet des obstacles redoutables pour la progression du filet (« senne »). Ce type de pêche très pratiqué sur la côte constitue le principal moyen de subsistance pour de nombreux habitants : 50 travailleurs sont employés pour haler la senne sur la plage avec sa prise de sardines et autres petits poissons.

Premiers essais, premières zones nettoyées, premières pêches : les sourires sur les visages des pêcheurs ont vite montré l’intérêt de ce projet novateur, gommant les incertitudes des premiers jours. "


Matthieu, logisticien de notre équipe d'urgence au Pakistan

Sur quelles autres missions SOLIDARITES es-tu parti avant le Pakistan ?

" J'ai d'abord effectué une mission au Soudan où j'étais responsable de base à Nertiti, au Darfour Ouest. J'y suis resté sept mois de juillet 2004 à janvier 2005. Je suis ensuite parti pour une mission d'évaluation et de distribution de produits de première nécessité en République Démocratique du Congo jusqu'en septembre 2005. J'ai une formation initiale en ingénierie génie mécanique.

Qu'est-ce qui caractérise la situation humanitaire telle que vous l'avez trouvée en arrivant au Pakistan ?

Tout le monde pense surtout à la région du Cachemire, mais elle n'est pas la seule touchée. Nous travaillons, pour notre part, dans la région appelée North West Frontier Province, voisine du Cachemire. La région compte une infinité de petits villages épars dans les montagnes, la densité de population au Pakistan est d'environ 400 habitants au kilomètre carré.

De nombreux villages ont été complètement ravagés, il n'y a plus une maison debout, aucune construction n'était vraiment aux normes. Les ruines sentaient la mort, le cadavre. Des centaines de corps n'ont pas été retrouvés et ne le seront que lors du déblaiement des gravats. Certaines routes de montagne en bordure de falaises se sont effondrées, ce qui rend l'accès aux villages de montagne très difficile.

Pour résumer, les gens ont surtout perdu leurs maisons et ont été traumatisés car les tremblements de terre sont exceptionnels dans la région. Les gens sont effrayés par les répliques sismiques qui ne cessent pas, à raison, encore aujourd'hui, d'une par semaine environ. Les experts pensent que ces répliques ne cesseront pas tant qu'une nouvelle grosse secousse n'aura pas lieu. "

Crédit photos : AFP, Solidarités