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REPORTAGE / Les oubliés de Kaboul

Cet hiver, nos équipes apportent une aide alimentaire d’urgence aux habitants des camps qui parsèment la capitale afghane. Le résultat d’une étude très précise des besoins, lancée en septembre dernier et dont nous avons suivi le déroulement en compagnie de Mina, assistante coordinatrice de nos programmes de sécurité alimentaire à Kaboul.

Tailleur en laine cintré jusqu’aux chevilles, stylo et bloc à la main, elle donne à son équipe ses dernières instructions. Du haut de son mètre 60 et de ses 35 ans, Mina, dont nous tairons le nom pour des raisons de sécurité, lance une des dernières journées de la grande enquête de vulnérabilité menée par SOLIDARITE INTERNATIONAL dans les 40 camps de Kaboul.

Plus de 4 000 familles, revenues après plusieurs années d’exil ou ayant fui la pauvreté et l’insécurité de leur province, y survivent dans des conditions désastreuses. « A l’approche de l’hiver, il s’agit de cibler les plus fragiles d’entre elles pour leur apporter une aide alimentaire. Avec notre programme, nous souhaitons couvrir les besoins alimentaires de plus de 2 300 familles. »

Des revenus de 10 € par semaine

Après avoir vérifié une dernière fois avec les chefs du village la liste des ménages qu’ils lui ont préparée, Mina est invitée à entrer chez ses premiers interlocuteurs, un couple avec quatre enfants. Dans leur abri fait de boue, sous le toit mêlant cartons et bâches plastiques, elle s’assoie sur le sol recouvert d’un tapis en synthétique dont la propreté tranche avec l’insalubrité du camp poussiéreux de Hewadwall, dans le district 8 de la capitale.

« Originaires de Jalalabad, nous nous sommes réfugiés au Pakistan pendant 20 ans, avant de revenir ici il y a 7 ans, raconte la femme, Zeiba Mubarrak Shah. Nos quatre enfants ne vont pas à l’école. L’aîné collecte les déchets pour revendre les bouteilles en plastique au bazar… Mon mari est travailleur journalier. Quand il a de la chance, il est embauché pour le ramassage des déchets, à l’usine de briques ou sur les chantiers de construction. Ils gagnent en moyenne 700 afghanis par semaine (10€). Cette semaine, nous avons mangé du riz à trois reprises, une fois des légumes. En général, nous nous contentons de thé et de pain, voire de graisse de mouton. Nous avons quelque fois du sucre, mais jamais d’huile ni de viande, sauf la semaine dernière. Des gens nous ont offert du mouton pour l’Aïd. »

Ni chaussures, ni manteaux, ni matelas

Les informations demandées sont très précises, l’exercice pourrait facilement s’avérer intrusif. Mais le regard bienveillant et le ton respectueux de Mina a très vite mis le couple à l’aise. En présence de leurs quatre enfants et de plusieurs parents écoutant attentivement, ils se confient sans ombrage quand elle entre dans le détail de leurs dépenses.

« Je leur ai demandé comment ils utilisent leurs revenus. Parce que la plupart des personnes que nous interrogeons ne savant ni lire ni écrire, nous utilisons un outil ludique. Je pose devant eux différentes images représentant leurs potentielles sources de dépenses (nourriture, santé, scolarité, logement, remboursement de dettes…) et leur donne vingt haricots représentant leur budget mensuel. A eux ensuite de répartir les graines sur les images en fonction de l’utilisation qu’ils font de leur budget. » 

L’homme, qui tient précieusement les haricots dans sa main, les pose quasi-religieusement, un à un, sur le polycopié. Il note en priorité le logement, la nourriture, puis la santé et les habits : « Quand le temps est froid, mes enfants sont malades. Nous n’avons pas de chaussures, pas de manteaux, pas de matelas, ni assez de couvertures pour la nuit. Lors des trois derniers mois, nous sommes allés à la clinique à trois reprises. » Il indique enfin utiliser son argent pour le bois et le transport, et donner 1 000 afghanis par mois pour louer sa parcelle.

L’entretien aura duré près de trois quart d’heure. Le temps de récolter toutes les informations qui seront traitées avec les questionnaires remplis pendant la journée. En tout, près de 850 familles auront été interrogées. L’enquête, qui se sera étalée sur plus d’un mois, aura permis d’identifier les camps les plus dans le besoin.

Les distributions sont faites via des bons alimentaires, contre lesquelles les familles peuvent retirer leur nourriture chez un commerçant travaillant en lien avec SOLIDARITES INTERNATIONAL. Riz, farine, haricot, huile, sel… Les rations doivent leur permettre de se nourrir pendant 2 mois d’un hiver qui s’est déjà avéré mortel pour plusieurs enfants, oubliés de Kaboul. RD 

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En Afghanistan, 50 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique. Dans les camps de Kaboul, plus de la moitié ne mangent jamais à leur faim. (IFAD 2011)

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Février 2012
 
 
Crédit photos : © SOLIDARITES INTERNATIONAL